L'édifice, de plan basilical à coupole, construit sur la première colline de la ville, est aujourd'hui un musée mais il fut avant tout une basilique chrétienne puis une mosquée. Construite de 532 à 537 ap. J.C. à l'emplacement d'un édifice antérieur, de dimension égale, détruit en 532 au cours de la révolte de Nika et communément appelé église théodosienne (dont il reste quelques vestiges à l'extérieur à gauche de l'entrée actuelle), la basilique sainte Sophie (Haghia Sophia, dédié à la sagesse divine, l'un des attributs du Christ) devait éclipser toute autre construction et ainsi asseoir le pouvoir de l'empereur byzantin Justinien (527-565). Des milliers d'ouvriers, sous les ordres des architectes Anthémius de Tralles et Isidore de Milet édifièrent en un temps record (5 ans) ce monument qui devait rester le plus grand temple de toute la chrétienté pendant plus de 1000 ans (construction de saint Pierre de Rome) : 93 m de long, nef de 75 sur 70 m, hauteur sous clef de la coupole centrale de 55 m. On n'hésite pas à se servir de vestiges venant des quatre coins de l'Empire, pour beaucoup prélevés sur des sites antiques célèbres (le temple de Diane à Ephèse, par exemple), à utiliser des matériaux précieux (marbres polychromes, porphyre, brèche, tessons de mosaïque dorés) afin de surpasser en grandeur, en splendeur, et selon les termes célèbres de Justinien, le temple de Salomon à Jérusalem. Les soubresauts de l'Histoire (périodes fastes et sombres de l'Empire, notamment la période iconoclaste des VIII et IXème siècle mais surtout le sac commis lors de la quatrième croisade en 1204 au cours duquel, entre autres, le trésor sera pillé par les latins) ainsi que les éléments naturels (tremblements de terre qui feront s'effondrer les coupoles à maintes reprises et donc construction d'imposants contreforts, incendies) remanieront profondément l'édifice mais c'est sa transformation en mosquée à partir de 1453 après une lente agonie de l'Empire Byzantin et lors de la prise de Constantinople par les Turcs Ottomans (le sultan Mehmet II le Conquérant) qui lui donne son aspect actuel : la construction du minbar (chaire de prêche) et du mihrab (qui indique la direction de la Mecque), quatre minarets élevés par trois sultans différents, une bibliothèque, plusieurs édifices extérieurs (fontaine monumentale, mausolées, école, etc.) transformeront au cours des siècles la Grande Eglise (Megale Ecclesia, dont l'église sainte Irène faisait partie) en complexe socio-religieux musulman. Les mosaïques figuratives, toutes postérieures à la période iconoclaste, disparaîtront peu à peu sous la poussière et les badigeons, mais ne seront pas détruites par les Ottomans. C'est au XIXème siècle (1847-1849), alors que l'Empire, l'homme malade de l'Europe , n'est plus que l'ombre de lui-même, que les frères Fossati, à la demande du sultan AbdülMecit, entreprendront de grands travaux de restauration de l'église. A la suite de la proclamation de la république en 1923, Mustapha Kemal Atatürk, le père de tous les Turcs , premier président de la jeune république, prendra la décision de fermer sainte Sophie au culte et de transformer la mosquée en musée en 1935.
Conseils : privilégier l'ouverture du site (09 :00) et les premières heures du jour (belle lumière) pour visiter sainte Sophie (prévoir deux heures). Traverser l'exo narthex puis le narthex pour commencer la visite par les tribunes (l'accès se fait par une rampe au nord du narthex). Redescendre dans la nef dans un deuxième temps. Admirer les splendides mosaïques de sainte Sophie dans l'ordre de la visite : lunette de la porte impériale séparant le narthex de la nef (le Christ Pantocrator bénissant l'empereur Léon VI), calotte de l'abside depuis la galerie nord (Vierge à l'enfant, archanges Gabriel et Michel), côté est d'un pilier dans la galerie nord (l'empereur Alexandre), niches du tympan nord depuis la galerie sud (notables ecclésiastiques), mur est de la galerie sud (la Déïsis : le Christ Pantocrator, la Vierge et Jean le baptiste Prodromos), mur ouest de la galerie sud (empereurs Constantin IX Monomaque et Jean II Comnène, impératrices Zoé et Irène) et enfin lunette de l'entrée impériale, lors de la sortie (Vierge à l'enfant, les empereurs Constantin et Justinien) (voir photos commentées).
Droit d'entrée : 20 YTL (fermé le lundi).
Bonne visite et bon séjour dans cette magnifique ville d'Istanbul.
David MENARD read more